Secret Suite

Commençons par le commencement, entre les trois suites de l’hôtel, je choisis celle qui fut autrefois la cabine du grutier, pour y passer un bon temps d’exploration et d’expérimentation. Perchée sur 35m de haut, la chambre luxueuse au design contemporain est le fruit d’un remaniement d’un espace désormais partagé en deux niveaux créés par un faux plancher intermédiaire. Le premier niveau abrite l’espace de vie, le second comprend l’espace de couchage. Ensemble, ils forment la suite faisant 40m².

Porte d’entrée, derrière se trouve la porte de l’ascenseur

En poussant cette porte médiévale à deux battants bleue turquoise, j’ai comme impression de rentrer dans un espace qui m’est familier. Des motifs orientaux que je reconnais, ils sont sur le tapis, sur les oreillers, des lanternes marocaines… le décor est décidément inspiré du Maroc et c’est absolument beau.
Emerveillée par ce paysage aux couleurs neutres qui contrastent parfaitement entre elles, j’aperçois un nid au fond du salon, un espace romantique écarté du reste de la pièce par des rideaux violets. Entouré de trois fenêtres, cet espace bénéficie d’une vision de 180° sur le lac IJ. Celle-ci qui serait complétée par les autres fenêtres de la cabine/suite permettant un champ de vision de 360° autour du port.
Le design est absolument riche en motifs, mes yeux et mes mains (car oui, je touche les surfaces pour mieux ressentir le matériau) sont gâtés entre la douceur et la brutalité d’une matérialité si diversifiée de cet intérieur. Les pièces composant le décor s’harmonisent entre soie, satin, métal et cuivre…
Je trouve si beau ce travail d’harmonie entre un design industriel existant de la cabine du grutier ; qui est bleue en acier et en cuivre chromé, et un design tout à fait nouveau qui est plutôt chaud et plus accueillant, violet et en tissu…C’est peut-être ça qui fait que la grue soit adaptée à un séjour en hôtel ?

Photo du niveau de vie : au fond le nid d’amour, à gauche la salle de bain

Sur ma droite, j’aperçois une porte que je pensais être une fenêtre au début, car il ne me vient pas naturellement en tête qu’une telle suite ait un balcon perché sur 35m de haut ! Mon acrophobie m’empêche de sortir, je sens déjà les vertiges rien qu’en regardant à travers les vitres.

Sur ma gauche, se dresse un escalier industriel qui semble inconfortable. A vue d’œil, je peux dire que son design ne respecte pas la loi Blondel …hmm.. C’est peut-être le prix à payer quand on veut adapter un élément originellement voué à un usage purement technique, à un usage plutôt hôtelier.
Je vois que je n’ai pas encore scruté la salle de bain aménagée en dessous de l’escalier, mais je pense avoir assez de temps pour le faire ultérieurement, je me hâte de visiter la mezzanine.

Escalier menant à la mezzanine

Je grimpe les marches, non sans difficultés, et à ma grande surprise, je retrouve une baignoire devant moi, au lieu d’un lit tel qu’on l’aurait imaginé, et quelle jolie baignoire en cuivre ! J’apprend un moment après qu’elle vient tout droit du Maroc et qu’elle a été fabriquée à la main à Marrakech.
Juste à coté se trouve le lit Queen size de la marque Coco-Mat. L’espace est tellement éclairé naturellement que j’ai comme impression de ne pas avoir une intimité dans un lieu dédié au couchage. Cependant, je me ressaisis vite quand je jette un regard à travers les fenêtres et me rend compte que finalement je n’avais pas de vis-à-vis ! Après tout, je suis suspendue en l’air.

En rouge

Bien que ce soit pour se distinguer de son environnement, des parties de la grue sont en couleurs vives pour d’autres raisons. Mon intuition d’architecte me disait que le rouge signalait des éléments de circulation verticale, mais il a suffi de faire quelques recherches pour comprendre que c’est plutôt un moyen de distinguer les ajouts additionnés à la structure primaire.

Ceci me fait plaisir car dans tous mes projets d’étudiante en architecture, j’accorde une attention particulière à ce que l’intervention nouvelle soit bien visible et distinguable du bâtiment existant.

Photographe : IAA Architecten

Une grue, à moi seule

Réveillée par la douceur du soleil levant, je contemple la vue depuis … les murs de la mezzanine. La suite est presque entièrement en verre, seule une façade permet d’abriter les espaces humides. Je jongle entre les trois paysages qui s’offrent à moi en essayant d’imaginer ce que ressentait le travailleur qui manipulait autrefois la grue … JE SUIS DANS UNE GRUE, je me rends à la réalité et je commence à hurler (dans ma tête) j’ai une ACROPHOBIE ! Je respire difficilement, mon cœur bat très fort et ma tête tourne, voilà qu’une crise de panique me submerge, je ferme vite les yeux et décide de me calmer en chassant ces imaginations irrationnelles.

Je raconte ma mésaventure à Lindy qui en rit, elle est étudiante en urbanisme et paysage à l’Ecole des Arts d’Amsterdam AHK. Nous nous connaissions, elle et moi, sur les réseaux sociaux seulement sans avoir eu l’occasion de se voir donc nous avions décidé de convenir à un café dès la première heure sur les quais du port pas loin de mon hôtel. Notre discussion est si enrichissante que j’avais une seule envie, prendre mon carnet et noter toutes ses informations dignes d’un cours magistral, car chanceuse que je suis, Lindy a bien suivi l’évolution du projet de Faralda Crane Hôtel qui a fait le buzz dans toute la ville d’Amsterdam et bien loin. Autrefois une friche industrielle abandonnée, la grue n°13 est démontée en 3 jours en juillet 2013 pour être restaurée et reconvertie en hôtel. Son histoire remonte à bien longtemps, quand cette grue faisait partie d’un ensemble de bâtiments, cales et grues abandonnés suite à la faillite de leur propriétaire, la compagnie Dutch Dock and Shipbuilding Company (NDSM).

Entre ruines qui se sont écroulées et d’autres qui ont été démantelées par précaution, les grues disparaissent peu à peu du paysage portuaire et c’est en 2011 que le promoteur Kornmann Rudi sauve la dernière grue Kraan 13 datant de 1951 pour en faire un projet d’un hôtel suspendu dans l’air.

Je serais restée des heures et des heures à écouter Lindy sans en avoir jamais assez, moi qui suis passionnée par l’histoire des architectures, par l’âme des lieux, je continue mes recherches de mon côté chaque soir dans ma suite. Je suis sûre d’avoir du temps pour collectionner toute bribe d’information sur cet endroit qui m’intrigue tant, puisque je passerai trois semaines dans chaque suite de l’hôtel, histoire d’explorer chaque recoin du lieu et d’y expérimenter chaque sensation. Faralda Crane Hotel propose seulement trois suites luxueuses, et elles seront toutes à moi seule…  

Là-haut

Errant en milieu de cette immense esplanade vivante, je suis subjuguée par ce street art couvrant chaque millimètre de ce port, les graffitis n’épargnant ni murs, ni mobiliers ni même vieux yachts ruinés. Je poursuis mon émerveillement en traçant mon chemin vers cette immense structure que personne ne risque de rater, ses couleurs appellent à la rébellion, à faire la fête et surtout, à vivre une expérience insolite dans une grue.

Je récupère ma carte d’accès après un bel échange avec la réceptionniste qui n’a pas manqué de m’éclairer sur les petits secrets de l’hôtel tout en me laissant une grande marge de suspens. L’ascenseur ressemble à une cabine d’une navette spatiale, étroit et blindé de boutons, doté d’une échelle, et par-dessus tout, sa porte se ferme manuellement. Ce voyage dans l’espace me transporte tout là-haut, vers ma suite. En entrant, j’inspecte visuellement les lieux pour repérer les espaces et distinguer le coin de repos du coin de manger de la salle de bain. Cette habitude d’architecte démarre aussitôt une discussion interne sur le pourquoi du comment de cet agencement de mobilier, pourquoi cette couleur ici ? Comment-a-t-on raisonné pour mixer un décor industriel rustique avec une touche de vintage ? Trop de questions à la fois qui finissent par m’épuiser et me mettre KO.

De Nancy à Amsterdam

Adepte des road trips, je choisis de me rendre aux Pays-Bas par train, une parfaite occasion pour me ressourcer en méditant face à un paysage diversifié et calme qu’offrent le Luxembourg et l’Allemagne.

Le trajet de sept heures avec deux correspondances est idéal puisque d’une part ça me replonge dans ma tendre enfance, quand autrefois on prenait la route en famille. Les longs trajets sont encrés en moi et font partie de mes innombrables échappatoires d’un quotidien monotone à s’en lasser.

Ça y est, je suis à DAM ! Arrivée à la Central Station d’Amsterdam, je suis excitée comme une puce de pouvoir débuter cette aventure, que je me dépêche à déverrouiller mon téléphone, toujours prêt à capturer et immortaliser des moments, et me hâte à prendre des photos de cette belle architecture. Je revérifie une dernière fois mon ticket de bus en direction d’Amsterdam Noord et j’exécute.
Tout au long du trajet, je n’ai pu m’empêcher de contempler cette ville au charme démesuré, ces gens au sourire radieux et harmonieux en dépit de leur diversité. Plongée dans mes pensées contre la vitre, un doux assoupissement se faisait sentir mais très vite j’ai été ramenée à la réalité par un paysage désormais froid, brut et solitaire, c’est … industriel ! Oh on est arrivés à la zone industrielle d’Amsterdam, là où se trouve le port… et mon hôtel !

Mon ressenti…

Commençons l’aventure avec un voyage sensible, plongeons-nous dans le plus profond de notre âme et puisons-y tous ces sentiments qu’évoquent en nous la vue de l’hôtel Faralda Crane à Amsterdam.

Un hôtel Grue, un bâtiment ? un édifice ? une structure ? J’ignore comment l’appeler, mais ce qui est sûr c’est que c’est industriel,

Un aspect mécanique, brut, sobre et dur est fort frappant,

Des couleurs primaires qui semblent remplir une fonction de prévention plus qu’autre chose (esthétique d’un hôtel par exemple)

Un soupçon d’élément curviligne contraste l’ensemble rectiligne et cubique,

Une hauteur importante, un élancement défiant l’échelle humaine,

Un intérieur vintage et surchargé, se rebelle contre la sobriété extérieure.

Telles sont mes premières impressions…